Septembre 1845 : Abd el Kader, réfugié au Maroc depuis la défaite d'Isly, rentre dans le territoire pacifié d'Algérie et tente de soulever la province d'Oran.

Le Lieutenant-Colonel de MONTAGNAC commande le poste de Djemma-Gha zouet (aujourd'hui NEMOURS) et décide de lui barrer la route.

Il ne dispose que du 8e Bataillon de CHASSEURS aux ordres du Chef de Bataillon FROMENT-COSTE et d'un Escadron du 2e HUSSARDS.

Le 21 septembre, dans la nuit, la colonne quitte le poste et se dirige vers le Sud-Ouest.

Le 23 septembre, au lever du jour, la colonne qui a bivouaqué, aperçoit des Arabes sur les crètes voisines.

Le Colonel de MONTAGNAC marche à l'ennemi avec trois Compagnies et l'Escadron de Hussards. Le reste du 8e Bataillon garde le bivouac. A 4 kilomètres de ce bivouac, devant le nombre grossissant des Cavaliers rebelles, l'ordre est donné de charger. Les Hussards s'élancent, les Compagnies de Chasseurs suivent au pas de course.

L'ennemi se révèle très supérieur en nombre : de toutes parts, des nuées d'Arabes se précipitent. Une lutte acharnée s'engage. Le Colonel de MONTAGNAC est mortellement blessé. En dépit de leur héroïsme. les unes après les autres, nos Unités sont anéanties.

*

Le dernier et le plus tragique des épisodes va commencer.

De la colonne initiale, il ne reste que la Compagnie du Capitaine de GEREAUX, celle qui tient le bivouac. Vers ce bivouac, les cavaliers ennemis s'élancent. Pour leur faire face, le Capitaine de GEREAUX décide de se retrancher deux kilomètres plus loin, au Marabout de SIDI-BRAHIM.

C'est une Koubba (ou tombeau d'un Saint Musulman local). Elle est entourée à quinze pas d'un mur carré en pierres sèches, haut d'environ un mètre. L'ensemble est situé à 10 kilomètres au Sud de NEMOURS, sur un léger mouvement de terrain, au milieu d'un horizon très vaste, sans végétation, dominé au loin par les montagnes.

A SIDI-BRAHIM, le 23 septembre, à 11 heures du matin, la situation est la suivante : le Capitaine de GEREAUX, la cuisse percée d'une balle, dispose d'un Officier : le Lieutenant de CHAPPEDELAINE, blessé au côté droit, et de 81 Chasseurs. Ils ont un pain pour six, quelques pommes de terre; personne n'a d'eau, il n'y a pas de puits.

La mission que se fixe le Capitaine de GEREAUX est de tenir jusqu'à l'arrivée des renforts, face aux troupes d'ABD EL KADER. fanatisées par leurs premiers succès.

Vers midi, l'ennemi lance une première attaque contre le Marabout. Les Chasseurs tirent à bout portant et causent des pertes terribles dans les rangs Arabes. ABD EL KADER tente de parlementer pour ne pas faire décimer ses troupes. A trois reprises, sommé de se rendre, GEREAUX répond qu'il résistera jusqu'au bout.

ABD EL KADER fait alors avancer le Capitaine DUTERTRE, blessé le matin et fait prisonnier. Cet Officier doit obtenir la capitulation des défenseurs : il est escorté de deux gardiens chargés de le décapiter s'il ne réussit pas. Le Capitaine DUTERTRE refuse d'abord de parler, puis s'écrie : « Mes amis, le reste du Bataillon est mort ou prisonnier. ABD EL KADER me charge, sous peine de mort, de vous demander de vous rendre. Mais moi, je vous dis de résister et de vous défendre jusqu'à la mort pour notre Pays, pour notre Drapeau ».

Le Capitaine DUTERTRE est immédiatement exécuté. Sa tête est montrée aux Chasseurs, qui répondent à cet assassinat par un feu nourri.

ABD EL KADER fait venir le clairon ROLLAND. « Approche, lui dit-il, et sonne la RETRAITE ». ROLLAND s'approche et, de tout son souffle sonne la CHARGE.

Pour signaler leur présence à d'éventuels renforts, les défenseurs de SIDI-BRAHIM hissent un DRAPEAU de fortune. Ce drapeau est fait de la cravate bleue du Caporal LAVAYSSIERE, d'un mouchoir blanc et d'un morceau de la ceinture rouge du Lieutenant de CHAPPEDELAINE. La vue de cet emblème exalte la farouche résistance de tous.

Le 24 au matin, après une dernière tentative infructueuse, ABD EL KADER désespère d'enlever de vive force le Marabout à ces Chasseurs tenaces. Il décide alors d'en faire le blocus.

Les journées des 24 et 25 septembre passent lentement ; la faim et surtout la soif tenaillent les assiégés.

GEREAUX, dès le 23, avait envoyé à NEMOURS un indigène porteur d'un billet demandant du renfort. Cet émissaire a été pris pour un espion ; ses renseignements n'ont pas été crus.

Il devient impossible de demeurer plus longtemps à SIDI­BRAHIM. Le 26, au matin, les Chasseurs s'élancent et bousculent le poste ennemi qui garde la direction de NEMOURS. En formation de combat, ayant emmené leur Drapeau de fortune, les Chasseurs percent leur chemin au travers des hordes ennemies qui les encerclent. Route fatale, jonchée de cadavres.

Les survivants arrivent enfin en bon ordre à moins de trois kilomètres de NEMOURS. Mais un ravin profond les sépare encore du poste. Ce ravin, au fond duquel coule un ruisseau, si tentant pour ces hommes torturés par la soif, est tenu par l'ennemi.

A bout de munitions, le Capitaine de GEREAUX lance ses hommes et tente de forcer le passage à la baïonnette.

De cette dernière et terrible mêlée, seuls, le Caporal LAVAYS­SIERE et 13 Chasseurs s'échappent et réussissent à atteindre NEMOURS.

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Ainsi 14 hommes seulement sont revenus sur les 420 de la Colonne MONTAGNAC, aucun Officier. aucun Sous-Officier.

L'esprit de sacrifice témoigné par ce fait d'armes demeure une des caractéristiques des Chasseurs, commémoré chaque année avec ferveur.

NOTA. - Abd el Kader comprit peu après tout ce que la France apportait à l'Algérie. Il se soumit en 1847 et fut un ami fidèle jusqu'à sa mort, en 1883; il était alors Grand-Croix de la Légion d'Honneur.

 

Le devoir de mémoire

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